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La Fondation Théodora vue par… Alexandre Jollien

Philosophe et écrivain, Alexandre Jollien était invité au dernier séminaire de formation continue organisé par la Fondation Théodora, dans le cadre de ses 25 ans. Artistes et collaborateurs ont ainsi pu assister à une conférence qui résonne encore comme une ode à la joie. Rencontre.

Alexandre Jollien, vous avez passé 17 ans dans une institution pour personnes en situation de handicap et pourtant, vous écrivez beaucoup sur la joie. Comment expliquer ce paradoxe ?

À mes yeux, la joie n’est pas compatible avec la souffrance. Pour moi, la joie est liée au progrès. « La joie annonce que la vie gagne du terrain », disait Bergson. Le paradoxe c’est donc que dans l’adversité, grâce à la solidarité, grâce au rire, grâce à des personnes bienveillantes, la joie circule et la vie gagne du terrain même dans l’épreuve. C’est un paradoxe qui est presque miraculeux.

Comment percevez-vous la mission de la Fondation Théodora ?

Théodora, c’est vraiment mettre de l’humanité dans un contexte particulier. Un enfant ça vit, c’est dans le présent et je crois que le rire permet de se décentrer de soi et d'entrer dans la vie, quand la réalité est très éprouvante. Grâce à leurs talents, leur espièglerie et leur légèreté, les docteurs Rêves contribuent à ce que la vie circule, foisonne, abonde, sans jamais se fixer dans l'amertume, la fatigue et la peur. Aucune fuite, nulle échappatoire ici, juste l'occasion de se détendre, de se détourner du gouffre quand la souffrance, l'accablement viennent occuper le centre de la vie.

Pour vous, un dr Rêves c’est... ?

C'est d'abord montrer que le découragement n'a pas le dernier mot, que nous ne sommes pas seuls dans l'épreuve et que l'humour, qui n'est jamais forcé, peut lors de moments difficiles venir révéler la bonté de la vie, la beauté des liens, la gratuité d'une présence

Alexandre Jollien
« Les docteurs Rêves contribuent à ce que la vie circule, foisonne, abonde. »
— Alexandre Jollien

À votre avis quel est le plus grand challenge d’un dr Rêves lorsqu’il entre dans une chambre ?

Un sage indien disait : « Aimer quelqu’un, c’est l’aider à relâcher ses tensions ». Pour moi, le dr Rêves c’est vraiment quelqu’un qui aide l’enfant alors que le quotidien peut être hyper pénible à relâcher, à faire une trêve dans le combat pour mieux repartir face à l’adversité et ça, c’est un challenge magnifique.

Comment faites-vous pour être toujours positif ?

Je crois qu’il y a trois piliers à la joie. Le premier consiste à s’inscrire dans une vie spirituelle, renoncer à une vie automatique. Le second pilier, c’est vraiment s’ouvrir à l’autre. Nietzsche disait que la meilleure façon de commencer la journée, c’est se demander si l’on peut faire plaisir à quelqu’un. Enfin, le troisième pilier consiste à se donner aux autres. Mais il n’y a pas de recette miracle, la vie n’est pas linéaire. Il y a des hauts et des bas et le premier pas consiste peut-être à se demander ce qui nous aide à nous rapprocher de la joie.

Trois mots pour décrire la Fondation Théodora ?

Humanité – aimer l’être humain jusque dans le quotidien d’une maladie, Rire – ça dit que la souffrance n’a pas le dernier mot, et Générosité – c’est le don de soi pour l’autre.